La mémoire

L'objectif de cet article est de définir les différentes mémoires pour comprendre les différences, les fonctionnements mais aussi pour se donner la possibilité d'agir sur notre mémoire afin d'améliorer l’attention, la mémorisation, et de mieux comprendre, l'origine de certaines réactions émotionnelles (cf. article sur les peurs, phobies, blocages...), mais aussi pour comprendre pourquoi parfois changer de comportement ne relève pas que de notre volonté !

 

 

Lorsque nous marchons, nous lisons, nous écrivons, nous faisons des gestes sans même nous en rendre compte. Ces automatismes qui résultent des nos apprentissages façonnent nos connaissances, nos comportements et nos émotions. La mémoire est indispensable pour enregistrer et permettre la restitution des gestes et savoirs. Il en est de même lorsque nous nous répétons un numéro de téléphone, une information ou un souvenir....

Dans tous les exemples cités nous évoquons le terme « mémoire », mais de quelle mémoire s'agit-il ?

Comment se fait-il que nous ayons accès à certains souvenirs, et à d'autres non ? Comment faisons-nous pour apprendre ? Pourquoi retenons-nous certaines choses et pas d'autres ?

Pour répondre à ces questions et pour y voir plus clair, je vous propose une explication des différentes mémoires étudiées jusqu'à ce jour : la mémoire sensorielle, la mémoire à court terme et la mémoire à long terme (explicite et implicite).

 

 

 

 

La mémoire sensorielle ou mémoire immédiate :

 

 

Cette mémoire concerne notre capacité à nous souvenir de ce que nous percevons sur le moment. Grâce à nos organes sensoriels (oreilles, yeux, peau, nez...) nous percevons et enregistrons pendant un laps de temps ces informations (de 200 millisecondes à trois secondes).

 

Notre cerveau enregistre ce que perçoivent nos sens sans que nous en soyons conscient, cette mémoire est automatique et est indispensable pour stocker les informations pertinentes (en rapport avec ce que nous faisons) dans la mémoire à court terme, mais aussi à long terme. Autrement dit, elle est le point de départ pour nous permettre la reconnaissance et la conservation des informations.

 

La mémoire sensorielle est sélective, nous ne remarquons pas tout ce qui nous entoure, nous ne pouvons pas tout retenir, nos cinq sens sont à chaque instant inondés de milliers d'informations ! Cette mémoire immédiate est comme un premier filtre de la « réalité ».

 

Pour illustrer, prenons l'exemple suivant : l'expérience de Daniel Simons et Chris Chabris, https://youtu.be/vJG698U2Mvo

 

 

 

La mémoire à court terme :

 

 

Elle enregistre les informations de la mémoire sensorielle sur une courte durée et la quantité d'information est limitée (nous retenons entre 5 et 9 éléments sur une durée de 30 secondes à quelques minutes). Aussi appelée « mémoire immédiate », cette mémoire est très active, ce qui permet de synthétiser et de traiter les informations sur l'instant.

Ici, le paramètre à prendre en compte est l'attention que nous portons aux éléments de la mémoire sensorielle - comme lorsque nous retenons un numéro de téléphone pendant un instant, quand nous faisons un calcul mental simple ou complexe, que nous écrivons un message.

La mémorisation à court terme est une étape indispensable pour mémoriser les informations dans la mémoire long terme.

 

Considérée comme une interface entre la mémoire sensorielle et la mémoire à long terme, la mémoire de travail est constamment mise en jeu. Quand nous traitons des informations nous faisons appel aux nouvelles informations (M. sensorielle) mais aussi aux informations déjà stockées antérieurement (M. long terme) .Un exemple parlant est celui du traducteur de langue qui retient l'information nouvelle le temps de puiser les ressources et connaissances pour traduire un texte sur le moment. Il en est de même lorsque nous reconnaissons un visage, un lieu...Cette mémoire est le siège de notre capacité à analyser et comparer.

 

 

 

La mémoire à long terme :

 

 

La mémoire à long terme est le réservoir des connaissances acquises par une personne, c'est elle qui nous permet d'agir, de savoir, de comprendre le monde et de se souvenir.

Cette mémoire résulte de l'association entre les nouvelles données et celle déjà intégrées et acquises. C'est ici que sont répartis les habitudes, les connaissances, les savoir-faire...

La capacité de stockage de cette mémoire serait illimitée.

 

Ex : Lorsque nous apprenons à faire du vélo ou à conduire, la répétition des gestes permet l’enregistrement des informations (mémoire sensorielle et à court terme) . À ce stade, nous sommes conscient et ensuite cet apprentissage devient automatique. Nous conduisons sans nous concentrer sur toutes les tâches à effectuer (mémoire à long terme). Il en est de même pour l'apprentissage de la lecture, de l’écriture, de la marche....

 

 

Dans la mémoire à long terme se trouve : une mémoire explicite et une mémoire implicite.

Ces deux se différencient par la capacité que nous avons à en exprimer verbalement le contenu ou les mécanismes. Parfois nous avons accès aux informations, nous pouvons les expliquer et parfois pas. Les définitions et les exemples qui vont suivre vont argumenter et expliciter cette différence.

 

 

1/ La mémoire explicite :

 

C'est la façon d’accéder consciemment et volontairement aux données, aux souvenirs. On peut retrouver un souvenir, une date, la définition d'un mot.

 

Deux sous-systèmes se distinguent : La mémoire à long terme explicite épisodique et la mémoire sémantique.

 

a) La mémoire épisodique, ou autobiographique contient les expériences subjectives, les événements particuliers précis ( souvenirs d'enfance, concerts vécus). Ici, l’émotion, le vécu subjectif, le lieu et un contexte précis sont les paramètres qui permettent le stockage de l'information originelle.

Nous avons accès à cette mémoire et nous pouvons verbaliser le contenu. Pour récupérer l’information plus nous avons de détails plus le souvenir nous revient dans sa globalité.

 

b) La mémoire sémantique ou collective concerne les codes sociaux, les concepts, les fonctions des choses. Elle est la base des connaissances que nous possédons tous (en fonction du groupe social et culturel) et elle est accessible rapidement et sans effort : la mémoire du sens d'un mot, des coutumes, des règles, des concepts...elle permet la construction d'une représentation mentale du monde.

 

 

2/ La mémoire à long terme implicite :

 

Elle est inconsciente et concerne les conditionnements pour lesquels on a oublié de retenir l’expérience de l'apprentissage (par exemple, l'apprentissage de la conduite).

 

Ici aussi nous trouvons deux sous-systèmes : La mémoire procédurale et la mémoire émotionnelle .

 

a) Aussi appelée « motrice » elle assure nos savoir-faire, nos capacités et compétences. Savoir faire du vélo, nager, jouer aux échecs...Cette mémoire nous permet d 'économiser notre attention et de pouvoir faire plusieurs choses à la fois.

Contrairement à la mémoire épisodique la mémoire procédurale résulte de la répétition et le lieu, la date et les émotions n'ont pas d'influence sur le stockage.

 

b) La mémoire émotionnelle concerne nos vécus émotionnels, ce sont nos conditionnements émotionnels. Contrairement à la mémoire explicite épisodique où nous pouvons nous rappeler volontairement des événements et émotions, ici nous nous souvenons des émotions sans avoir accès à ou aux expériences originelles.

Exemple : certain(e)s peurs, phobies, blocages peuvent être la conséquence d'expériences oubliées. Dans ce cas les déclencheurs ne sont pas évidents à trouver.

Ainsi, on comprend comment un traumatisme précoce peut perturber les fonctions cognitives et comportementales d'une personne à cause de mécanismes inaccessibles à la conscience.(pour aller plus loin cf le système limbique)

 

 

Pour conclure nous pouvons plus parler de « mémoires » que de la mémoire ! Toutes ces mémoires sont liées : si l’information immédiate n'était pas traitée par la mémoire à court terme, la mémoire à long terme ne serait pas possible. 

L'oubli peut être le résultat d'une information non enregistrée, ce qui se produit quand celle-ci n'est pas pertinente, ou pas assez répétée, ou si votre attention est insuffisante. Mais l'oubli s'exerce aussi sur nos apprentissages consécutifs, et crée ainsi des automatismes. Ici l'oubli a une fonction positive pour nous faciliter le quotidien ! Par exemple, nous pouvons nous rendre à pied à notre travail tout en téléphonant à une personne : il est inutile de chercher à s'orienter de façon consciente quand nous savons qu'une partie de nous connaît le trajet. Mais parfois l'oubli peut aussi être perçu comme "négatif" comme dans le cas de la mémoire émotionnelle ou nous ressentons des émotions négatives sans se souvenir des événements à l'origine.

 

 

 

Commentaires : 1 (Discussion fermée)
  • #1

    Laborie (dimanche, 13 novembre 2016 16:39)

    Article très intéressant .bravo